Fermer les yeux ne fait pas disparaître la réalité, et je ne voudrais pas être « cancel ».
Hey everyone,
Petit message de contextualisation pour ceux qui rejoignent l’aventure en route : si je parle de John Lennon dans cette newsletter, c’est que je m’apprête à sortir dans les prochaines semaines une reprise de John Lennon sur Spotify et toutes les plateformes de streaming.
Alors, pour ne pas rater la sortie de cette chanson, je vous propose de suivre mon profil sur le service que vous utilisez :
Pourquoi entre Lennon et moi c’est l’amour haine ?
Je fréquente John Lennon depuis que je suis en âge d’avoir des souvenirs, et probablement même avant. Ce premier souvenir, pour moi, c’est “Being for the Benefit of Mr Kite” sur l’album “Sgt Peppers (…)”. J’étais fasciné par ce titre, qui m’attirait autant qu’il m’effrayait parce qu’il me renvoyait à l’imaginaire psychédélique développé dans le dessin animé “Dumbo”. Je sais pas si vous avez vu Dumbo récemment, mais ça vaut toujours le coup.
Lennon me berce depuis toujours et fait partie de moi. Au point que, si je n’avais pas les pieds parfois ancré sur Terre, je pourrais vous bassiner avec cette pensée qui m’a traversé l’esprit à plusieurs reprises d’être l’émanation de son karma, puisque je ne suis né “que” 18 mois après sa mort (le fou dingue). Mais, ne croyant plus un traître mot de ces balivernes (ni Dieu, ni maître), je me résous à juste vous dire que le songwriting de Lennon m’inspire au quotidien lorsque j’en viens à composer mes propres chansons.

J’aime Lennon
Oui, d’abord, je dirais que j’aime Lennon (avant de vous expliquer pourquoi je le hais, promis). J’ai toujours aimé à la fois ses chansons et son personnage public, toutes époques confondues. Son humour, ses prises de position politiques, sa démarche, ses costumes,… Et j’ai comme l’impression que le travail accompli sur lui-même pour arriver à être aussi charismatique lui a pris énormément de son temps de cerveau disponible dès ses plus jeunes années. Lennon avait une grosse revanche à prendre sur la vie: il a canalisé la colère qui bouillait en lui en se hissant au-dessus de la mêlée.
Si j’aime Lennon, c’est vraiment avant toute chose parce que c’est un excellent artiste, un excellent auteur, compositeur, interprète, et un sacré rythmicien à la guitare. Hormis quelques légendaires bouses, je ne jetterais quasiment aucun de ses morceaux à la poubelle, et je garderais 100% des paroles.
J’ai fait mienne la méthode de Lennon pour écrire ses chansons. Dans l’épaisse et complète biographie écrite par Philip Norman (intitulée tout simplement “Lennon”), nous rentrons parfois dans le cerveau de l’artiste, et accédons à ses secrets de fabrication. La plupart du temps, la méthode de composition utilisée est celle de l’écriture automatique “semi-dirigée”, c’est-à-dire que Lennon sait à peu près de quoi il veut parler mais pas du tout par où prendre le morceau. Je prends les mêmes chemins. McCartney quant à lui avait une mélodie avant toute chose (et les harmonies qui vont avec), et faisait du yaourt avant d’imaginer des paroles qui collent. Ce qui ne veut pas dire que toutes les paroles de McCartney ne veulent rien dire : je ne dis pas cela. Je dis simplement que les deux approches de composition commencent chacune à une extrémité du spectre.
Et puis, Lennon interprète. Brillamment. Et avec de plus en plus de talent, de plus en plus d’âme, d’intention, au fur et à mesure que les années passent. C’est ce qui est frappant : plus l’artiste explose, plus il sort de sa zone de confort pour se livrer entièrement nu à nous (littéralement). Je ne connais pas vraiment d’autre exemple, je veux bien que vous m’aidiez à en trouver.

Mais je hais aussi Lennon
John Lennon a été un énorme salopard avec les femmes, et, ce qui est frappant, c’est qu’il a certes pu casser la gueule de certains camarades de lycée et de gars de son âge dans sa jeunesse, je le soupçonne quand même d’avoir été plus méchant avec la gent féminine qu’avec les garçons. Plus intentionnellement et sournoisement méchant et violent. L’oeuvre d’un faible, quoi.
Avant de commencer à nouer une relation pour le moins dysfonctionnelle avec celle qui deviendra sa première femme, Lennon était déjà un salaud, mais j’ai presque envie de dire “comme tous les adolescents de son époque”. A l’époque, il était considéré comme “normal” d’essayer “à tout prix” de perdre sa virginité le plus vite possible pour montrer sa propre virilité. Quitte à malmener dans les grandes largeurs la notion de consentement. Dans le camp féminin, cette menace était aussi culturellement institutionnalisée, et les jeunes filles se protégeaient comme elles le pouvaient. Je ne veux ni dédouaner, ni expliquer, mais juste évoquer que les années 1950 n’étaient pas les années 2020.
Ceci étant dit, alors que Lennon débute une relation amoureuse avec Cynthia, on est en droit de se demander ce qui motive le jeune adulte étudiant aux Beaux-Arts : est-ce que c’est de l’amour ou juste l’envie de “cocher la case” et de “posséder” une femme ? La biographie de Norman semble trancher et dire que cette relation n’est pas vraiment de l’amour. Le biographe ne rentre pas dans les détails précis des actes de maltraitance psychologique et physique de John envers Cynthia, mais il en parle clairement tout de même. Les tromperies à répétition lors des nombreuses tournées mondiales et soirées londoniennes ne sont donc que la surface émergée de l’iceberg des relations tendues et l’humiliation dans le foyer conjugal,… Bref, vous voyez le topo, et c’est pas jojo. Du tout.
D’autant que Lennon ne s’arrête pas là, et traite ses conquêtes d’un soir comme de la merde. Même sa propre déesse salvatrice, sa Yoko, fait les frais de son comportement inexcusable. Allant même jusqu’à avoir une relation avec la propre assistante de Yoko, May Pang. Bref, un bon gros salaud avec les femmes.
Dès lors, et ce depuis que je suis éveillé à la cause féministe (comprendre que je suis devenu un affreux WOKE…) mon admiration pour Lennon en a pris un énorme, un sacré coup. Sur la tronche. Et ça fait mal.
Mais…
Avec ce “mais”, je ne veux surtout pas dédouaner Lennon de ses actes. Je ne veux surtout pas minimiser l’ampleur des dégâts qu’il a pu commettre auprès de toutes les femmes qui ont fait partie de sa vie amoureuse et/ou intime. Il n’y a pas de justification possible.
En revanche, il y a – toujours – une rédemption possible. Je ne suis pas adepte de la “cancel culture”. Pour moi, être “woke”, c’est aussi accepter le terme de rédemption, de “restaurativité” des méfaits et crimes commis. Je ne suis pas un fervent adepte de la peine capitale ni de la perpétuité et considère donc qu’il faut, pour le coupable comme pour la victime (ou les victimes) ainsi que pour la société, identifier un parcours de progrès menant à la rédemption définitive. C’est ma pensée, et je vous laisse le soin d’exprimer votre avis en me répondant, si vous le souhaitez.
Ce chemin de rédemption, John avait commencé à l’entamer à la fin des années 1970, et qui sait ce que serait devenu cet homme s’il avait pu vieillir et faire partie de ce monde d’aujourd’hui, comme son ami Paul (personnage autrement plus vertueux – pitié, faites que ce soit le cas). Peut-être qu’aujourd’hui, John et Yoko seraient les fers de lance du mouvement féministe le plus avant-gardiste, et qu’on trouverait finalement cela louable qu’un ancien agresseur sexuel puisse lui aussi porter ce combat. On ne sait pas. On ne saura jamais.
Toujours est-il que, suite à tous ces comportements inadmissibles et répréhensibles, John est venu auprès de Yoko et lui a demandé pardon. Toujours est-il qu’après toute la souffrance infligée à Cynthia, John lui a demandé pardon. Toujours est-il qu’après tous ces comportements déviants envers toutes les groupies de ce géant musical, Lennon s’est publiquement exprimé à plusieurs reprises en disant qu’il était une grosse merde. J’attends de voir Depardieu et Nicolas Bedos faire de même. Et composer une chanson comme “Women is the nigger of the world” et surtout la sublimissime “Woman”, qui s’adresse à Yoko comme à toutes les femmes.
Avec toute sa maladresse et le parcours qu’il lui restait à entreprendre pour mieux comprendre la nature de la relation entre une femme et un homme, John Lennon, en 1980, écrivait “j’ai énormément de mal à exprimer mes sentiments contraires à propos de mon inconscience, je ne pourrais qu’être éternellement redevable de vous”, que “c’est vous (les femmes) qui montrez la vraie voie du véritable succès”, “vous qui voyez l’enfant dans l’homme, gardez-moi tout près de votre coeur, ne vous séparez pas de moi.” “je n’ai jamais voulu vous causer du chagrin ou de la douleur… je vous aime”.
Le 8 décembre 1980 au matin, Lennon défend d’ailleurs cette chanson “Woman” devant les micros de la presse réunie à New York pour écouter l’artiste parler. Il dit qu’il commence à peine à prendre conscience du sujet du féminisme alors qu’en 1973 sortait “Women is the Nigger of the World”. Le chemin de rédemption est long. La vie de l’artiste s’arrête néanmoins ce jour-là à 22h50, laissant un immense vide dans le coeur de toustes ses admirateurices et un éternel doute sur ce que serait devenu le comportement de cet homme vis-à-vis des femmes. J’ai envie de croire, parce que j’aime Lennon, qu’il aurait été de plus en plus exemplaire. Je n’en sais rien (et vous qui croyez l’inverse non plus).
Woman
C’est donc ce titre que j’ai choisi d’interpréter à mon tour et qui sortira ce vendredi 13 décembre 2024, 5 jours après le 44ème anniversaire de la mort de Lennon. Dans (très) peu de temps, je vous enverrai plus d’éléments de contexte sur la véritable raison pour laquelle j’ai choisi de reprendre ce morceau de l’un de mes artistes préférés.
Car oui, après vous avoir expliqué que je n’avais pas choisi cette reprise pour justifier mon parcours musical, je vous ai encore fait une excellente farce en vous faisant croire que j’avais choisi intentionnellement Woman pour essayer de contribuer à ma manière à la rédemption féministe de John. Ce n’est pas du tout la vraie raison. Vous la découvrirez (promis !) la semaine prochaine.
Merci d’avoir lu jusqu’ici et à très vite (par écrit, et surtout en musique !)
Marc / 5 Horses.
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