Et la mienne prend sa source dans les Beatles
Hello vous,
Cela faisait un sacré paquet de semaines que je ne vous adressais pas une longue missive par email, faute d’inspiration épistolaire je dois bien vous dire. Depuis la rentrée, l’inspiration ne me frappe qu’au moment d’écrire des textes et des mélodies. J’ai l’impression que le simple fait de vous envoyer un email viendrait ajouter du bruit au bruit assourdissant des milliards de (mauvaises) nouvelles qui nous tombent sur la tronche.
Mais voilà que démarre à nouveau pour moi le temps de promotion.
En effet, après 6 mois passés à Paris à enregistrer, mixer et peaufiner les 12 compositions de mon album à venir, après avoir réalisé au Brésil et en parallèle 3 autres titres, me voilà auprès de vous avec tout ce matériel phonographique à vous faire découvrir.
Car j’ai enfin trouvé le label qui accompagnera la sortie de mes titres sur les 2 prochaines années. Je suis honoré de pouvoir travailler avec l’un des rares labels indés de qualité à tenir sur la durée, ROY Music. Pour tout vous dire, lors de ma première aventure musicale en 2007, c’est à leur porte que j’avais frappé en premier, et à l’époque je n’avais malheureusement pas su les séduire. C’est désormais chose faite.
Le premier single à sortir suite à cette signature sera donc la reprise d’une chanson d’un artiste incontournable dans mon histoire personnelle. Sans attendre davantage, je dévoile ici son patronyme : il s’agit de John Lennon.
Les Beatles et moi
D’aussi loin que remonte ma mémoire et ma relation avec la musique, les Beatles sont aux premières loges. Peut-être que Jean-Michel Jarre occupe la deuxième place, peut-être est-ce plutôt Bruce Springsteen, Pink Floyd, Tina Turner, Stevie Wonder ? En tous cas, tout en haut, et à bonne distance du peloton, se tiennent les 4 colosses qui ont fait basculer l’histoire de la musique dans le Swinging London des années 1960.
Il faut dire aussi que les premiers souvenirs à peu près construits que je suis capable de convoquer à ma mémoire datent de mes 5 ans. Et, il faut que vous sachiez (la France doit savoir) qu’à 5 ans, j’étais Anglais. Non, non, rassurez-vous, ô lecteurs patriotes : je savais que j’étais un Français, mais je vivais en Angleterre. À 5 ans, on croit que tout est éternel. Mon avenir était donc celui d’être le Français en Angleterre. Je buvais et mangeais anglais (Jell-O and Brussell sprouts miam miam). Je me vêtais anglais (Uniforme). Je jouais anglais (Snakes and Ladders) et je matais la télé en anglais (SuperTed). Nous étions en 1987, et j’habitais à Wokingham, une petite bourgade à 100 km à l’ouest de Londres. L’Angleterre périphérique dirions-nous aujourd’hui.

Dans la Renault familiale, je me souviens d’une excursion “safari” : au milieu des hêtres et des bouleaux, un pauvre lion malheureux se promenait pour émoustiller les enfants que nous étions. Mes parents jouaient le jeu de la surprise et de la terreur. Je me souviens aussi de “She’s Leaving Home” sur la route du retour, chanson de Macca parue sur la K7 Sgt Pepper’s qui s’usait sur l’autoradio (aux côtés de dizaines et dizaines d’autres). Mon père et ma mère discutaient prénoms pour mon frère à venir, et mon père ne démordait pas de “Paul”.
Dans le salon familial, entre deux visionnages de “Postman Pat”, je me remémore “Back in the USSR” et “Dear Prudence”, toutes deux éditées sur le “double blanc” que mon père avait en vinyl.
Les Beatles étaient partout. J’avais 5 ans, mon père vivait enfin son rêve de faire partie de cette communauté d’esprit joyeusement cynique qu’est l’Angleterre, et moi je m’imprégnais ad vitam de ce creuset.
Et puis l’année suivante, nous sommes rentrés en France. Le mal était déjà fait, j’avais topé non pas la vache folle mais presque : j’étais devenu accro à la musique folk-rock-pop anglo-saxonne et plus précisément aux Beatles.
Fast forward 15 années après
J’ai 20 ans. Je viens de finir un marathon préparationnaire à bûcher comme un âne sans trop me poser de questions “c’est comme ça”. J’intègre donc une école de commerce. Formidable saut dans le néant académique, où ma seule obsession deviendra la musique, avec un premier groupe formé très rapidement (Trauma, le groupe de joie), puis une deuxième aventure plus sérieuse quelques mois plus tard (Backwater). C’est dans ce groupe-là, très blues-rock-pop, que les Beatles reviendront occuper le devant de la scène.
Deux de mes acolytes sont à la manoeuvre : pour eux, à l’époque, les Beatles sont une obsession. Ils englobent toute conversation, toute composition, tout arrangement, toute scénographie. Je lis le forum YellowSub, les biographies officielles et les ouvrages de l’époque (les deux meilleurs étant celui de Geoff Emerick et la biographie de McCartney),… Bref, les Beatles sont tellement partout que, lorsque nous renommons le groupe “Chapter 9”, c’est pour faire (entre autres) référence à la chanson de Lennon “Revolution 9”. Que lorsque nous entrons au studio “Abbess Road”, nous ne sommes pas peu fiers. Et que lorsque Geoffroy mon batteur crie “Piece of caaaaake” sur la chanson du même nom, c’est pour référer au même cri que Macca sur “Too Many People”. Bref ils sont partout et tout le temps, et c’est difficile de prendre du recul.

Puis, mon groupe Chapter 9 se délite avec le départ successif de ses membres fondateurs et je me retrouve un peu “seul” aux manettes créatives. S’en suit une période de liberté totale d’aller chercher exactement l’inspiration là où je le souhaite, et je commence à faire des infidélités au quatuor de Liverpool. L’album acoustique “a Perfect Ruin” montre assez bien cette prise de distance, je trouve.
Lennon ou Macca?
Lors de cette période fanatique, une question revient de manière lancinante : quel Beatles préférez-vous ? Tout notre entourage y passe, c’est maladif: famille, amis, tout le monde doit répondre à la question, c’est central.
J’avoue qu’à l’époque, je ne savais pas répondre à cette question du tout. Trop influencé que j’étais par mes comparses musiciens, je lorgnais vers le talent évident de compositeur et arrangeur de McCartney. J’avais probablement à l’époque un besoin de rattraper mon retard en arrangement et harmonie.
Lors de mon deuxième séjour à Londres en 2006 – à la fin de mes études – j’essorre le disque “Chaos and Creation in the Backyard” de Paul McCartney. L’album fait la bande son de mes 6 mois à Londres. Chaque chanson (sauf “riding to vanity fair” qui me laisse perplexe) est un petit bijou qui va très bien avec les murs de brique et le parc d’Ealing où je vis.
Mais c’est en réalité Lennon qui m’habite depuis toujours, cela ne fait aucun doute aujourd’hui. J’aurai mis des années à le comprendre car je ne m’étais pas suffisamment intéressé aux TEXTES des chansons des Beatles. Et pourtant, si l’album “Chaos and Creation in the Backyard” m’a saisi, c’est aussi parce que l’artiste se dévoile et met à nu sa vulnérabilité (la chanson “Friends to Go” est extrêmement touchante, par exemple). Peut-être que finalement cet album de Macca est le plus Lennon de tous ses albums solos.
Lennon, lui, n’a que très rarement évité de parler de ses remous intérieurs. De “Help!” à “Don’t Let me Down”, en passant par “I’m so Tired” ou “Yer Blues”, on comprend. On comprend que l’argent et le succès ne font pas le bonheur, on comprend que la démarche artistique qu’emprunte John est une forme de thérapie personnelle, on comprend que Lennon a des comptes à régler avec lui-même et qu’il transforme cela en art. Cette démarche n’est pas originale, je dirais même que c’est la norme plus que l’exception en matière d’art. A quelques exceptions près, chaque artiste (pictural, musical,…) met ses angoisses dans ses compositions. Macca est d’ailleurs l’une des exceptions à cette règle, à mon sens : il fait de la musique POUR la musique, et pas pour régler un truc avec lui-même. C’est exceptionnel.

Et dans mon cas, il est évident que je ne fais pas de la musique seulement pour la musique. Évident que je me sens plus proche de la démarche de Lennon. C’est pour cette raison aussi que toutes mes compositions démarrent par la phase d’écriture de textes. J’ai des choses à exprimer, à sortir de moi, et le meilleur canal, c’est la musique, parce que c’est le canal que j’ai le plus travaillé depuis mon enfance. Que je m’y sens le plus à l’aise et compétent.
Conclusion
S’il est toujours compliqué de comprendre les événements de l’existence lorsqu’ils nous tombent dessus, il est plus facile à posteriori de reconnecter les différents points de notre vie et de tracer une ligne pour raconter le chemin. Ce texte essaie d’en faire la preuve. De mon court séjour anglais jusqu’à la sortie prochaine de ce titre de Lennon, il y a une histoire et un sens que je voulais raconter.
Toutefois, sachez que je n’ai pas choisi d’interpréter le titre de Lennon que vous aurez le bonheur de découvrir prochainement dans le simple but de justifier ma musique, mes origines musicales, mon expérience anglaise ou même ma compétence. Le choix spécifique de la chanson reprise fera l’objet d’un autre e-mail.
En attendant cette reprise et cet email (vous piaffez d’impatience, je le sens !), voici une playlist de morceaux des Beatles, de Macca et de Lennon que j’ai concoctée spécialement pour vous :
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